La précarité énergétique en Normandie

Définition : C’est quoi la précarité énergétique ?
La situation de précarité énergétique qualifie un ménage qui éprouve, dans son logement, des difficultés à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires. Cette situation peut être due à la faiblesse de ses ressources ou à la piètre qualité du logement ou les deux à la fois.


On est en situation de précarité énergétique si l’on consacre plus de 9,2 % de son revenu disponible à ses dépenses énergétiques (revenu disponible : Revenu d’activité, pensions, revenus fonciers et financiers, allocations chômage et autres prestations sociales, nets des impôts directs et des cotisations sociales).


Avec une part de 20 % de ménages vulnérables au niveau énergétique (soit environ 300.000 ménages sur les 1.512.000 ménages normands), la Normandie est la 6e région sur les 13 la plus concernée par ce phénomène. Ce taux est supérieur de 3,1 points à celui de la France métropolitaine.

Les ménages en situation de pauvreté sont presque trois fois plus représentés que dans la population générale (40 % soit environ 120.000 ménages) mais la vulnérabilité énergétique touche également des ménages au-dessus du seuil de pauvreté.

La qualité du logement est déterminante :
Au 1er janvier 2024, la Normandie comptait 242 000 résidences principales classées F ou G selon le DPE, soit 16 % du parc immobilier. Elle se place au troisième rang des régions métropolitaines, à égalité avec l’Auvergne-Rhône-Alpes, derrière l’Île-de-France (20 %) et la Bourgogne-Franche Comté (18 %). Les logements énergivores y sont plus fréquents qu’en moyenne en France métropolitaine (14 %), une situation principalement due à une proportion de maisons plus élevée en milieu rural qu’en zone urbaine.


La loi « climat et résilience » du 22 août 2021 a prévu une interdiction progressive de la location des passoires thermiques.
A compter du 1er janvier 2025, les logements étiquetés G sur le DPE sont considérés comme non décents ;
A compter du 1er janvier 2028, les logements étiquetés F sur le DPE sont considérés comme non décents.


L’interdiction de louer des logements classés G s’applique aux contrats de location signés, renouvelés ou reconduits tacitement à compter du 1er janvier 2025. Si un contrat de location a été signé avant le 1er janvier 2025, le logement n’est pas concerné par cette interdiction. En revanche, l’interdiction s’appliquera au moment du renouvellement ou de la reconduction tacite du contrat.

Ainsi que le niveau des revenus :
La vulnérabilité énergétique des ménages augmente à mesure que leur revenu diminue. Les ménages normands les moins aisés sont ainsi plus souvent en situation de vulnérabilité. Pour les 10 % des ménages normands disposant des plus faibles revenus (moins de 1 200 € par mois), la part de ménages vulnérables atteint 70 %. À l’inverse, les 50 % des ménages normands ayant un revenu mensuel supérieur au revenu médian (2 700 €), sont relativement peu exposés. La vulnérabilité énergétique concerne en effet à peine 1 % des ménages gagnant plus de 3 700 € par mois.

Les autres causes de la précarité énergétique :
Tous modes de chauffage confondus, plus de 21 % des ménages propriétaires soit environ 185.000 ménages sont en situation de vulnérabilité énergétique en Normandie, contre 19 % pour les ménages locataires. Ce phénomène est également plus répandu parmi les ménages vivant en maison (23 %) que parmi ceux résidant en appartement (15 %). Cette différence s’accentue si l’on considère le combustible principal utilisé pour le chauffage du logement. La vulnérabilité énergétique est deux fois plus fréquente dans les logements chauffés au fioul que dans les logements utilisant un autre mode de chauffage. Plus de deux ménages normands sur cinq chauffés au fioul sont dans cette situation, contre moins d’un ménage sur cinq lorsqu’ils utilisent un autre combustible pour leur chauffage. Enfin, « toutes choses égales par ailleurs », les logements de plus grande taille présentent un risque de vulnérabilité énergétique beaucoup plus élevé que ceux de plus petite surface, en particulier au-delà de 100 m².


Par ailleurs, les ménages les plus jeunes (moins de 25 ans) sont près de deux fois plus souvent en situation de vulnérabilité énergétique que les ménages les plus âgés (75 ans et plus).

La situation département par département :
L’Orne est particulièrement concerné par la vulnérabilité énergétique ; avec un ménage sur trois en situation de vulnérabilité énergétique, c’est le département normand le plus exposé à ce phénomène ; il se classe au 3e rang national, derrière la Creuse et le Cantal du fait surtout des revenus plus faibles des ménages.


La Manche, avec un taux de 24 %, dépasse également la moyenne régionale (20 %).


Dans le Calvados et l’Eure, la proportion de ménages vulnérables est comparable à celle observée en France hors Île-deFrance (19 %), grâce à des revenus plus élevés qui atténuent l’effet « climat » dans ces deux départements.


Dans l’Eure, l’effet « revenu » compense ainsi l’effet « bâti ».
Avec un taux de vulnérabilité de 18 %, la Seine-Maritime est le seul département normand en dessous de la moyenne nationale hors Île-deFrance, principalement en raison des caractéristiques du bâti, proportionnellement plus d’appartements que de maisons par rapport aux autres départements normands plus ruraux.

Les zones rurales affichent des taux de ménages vulnérables plus élevés que les zones urbaines.

Dans de nombreux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), plus d’un ménage sur quatre se trouve en situation de vulnérabilité énergétique. Le sud de la région est particulièrement touché, notamment la communauté d’agglomération Mont Saint-Michel Normandie, où 34 % des ménages sont vulnérables.


La vulnérabilité énergétique est également répandue dans l’ouest (26 % de ménages vulnérables dans la
communauté de communes Coutances Mer et Bocage) ainsi que dans le nord-est de la Normandie (27 % dans la communauté de communes Terroir de Caux).


Bien que la part de ménages vulnérables soit plus faible dans les EPCI urbains, leur nombre reste significatif : 31 000 ménages vulnérables vivent dans la Métropole Rouen Normandie, 16 000 dans la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, 15 000 dans la communauté d’agglomération du Cotentin, et 14 000 dans la communauté Urbaine de Caen la Mer. Ensemble, ces quatre intercommunalités concentrent un quart des ménages vulnérables normands.

Les aides au paiement des factures énergétiques : 

Le chèque énergie :
Le chèque énergie est versé chaque année depuis 2018 à plusieurs millions de ménages, sous conditions de ressources, afin de les aider à payer leurs factures d'électricité et de gaz. Le chèque est nominatif et envoyé par courrier une fois par an au domicile des bénéficiaires.
Un site internet est dédié aux chèques énergie : https://chequeenergie.gouv.fr/

Les foyers qui remplissent les conditions d'éligibilité et qui n'ont pas reçu le chèque énergie peuvent faire leur demande du 15 octobre 2025 au 28 février 2026 sur le site dédié.
Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux foyers fiscaux dont le revenu fiscal de référence par unité de consommation est inférieur à 11 000€ (Revenu fiscal de référence de 2023 sur l’avis d’imposition 2024).Ce seuil est déterminé en fonction du nombre de personnes composant le foyer fiscal du titulaire du contrat de fourniture d’électricité du logement, au titre de leur résidence principale.
En 2025, le montant du chèque énergie est compris entre 48 euros et 277 euros selon les revenus et la
composition du foyer fiscal. Le montant moyen s'élève à 150 euros.
Le nombre de bénéficiaires du chèque énergie qui s'élevait à 5,7 millions en 2024, à 5,6 millions en 2023 et à 5,8 millions en 2022 traduit bien en lui-même la paupérisation d’un nombre trop élevé de ménages en France.

Ma prime rénov : 
Un dispositif nécessaire pour aider les ménages modestes à améliorer la performance énergétique de leurs logements, mais dont les crédits sont régulièrement rabotés par l’Etat Trois mois après sa suspension de juin à septembre 2025, le principal dispositif de soutien public à la rénovation
des logements a redémarré au 30 septembre 2025 dans des conditions très dégradées et avec de grandes inquiétudes sur sa pérennité en 2026.
Déjà en 2024, l’enveloppe budgétaire avait été nettement amputée et ramenée de 5 à 3,5 milliards d’euros. Cet été, ce dispositif d’aides publiques avait carrément été suspendu pour tous les nouveaux dossiers de rénovation globale. La raison ? Trop de demandes, avec près de 70 000 dossiers cumulés sur le premier semestre 2025.
Le dégel des aides le 30 septembre 2025 se fait désormais par une porte très étroite : 13 000 nouveaux dossiers seulement d’ici à la fin 2025. Et avec des conditions bien plus restreintes : le plafond de travaux est ramené à 30 ou 40 000 € maximum selon les projets — contre 70 000 € auparavant —, pour les seuls logements classés E, F ou G.
La suite s’annonce encore plus restrictive puisque le gouvernement a fait part de sa volonté de rogner également dans les aides au coup par coup d’une part pour l’installation de chaudières biomasses mais aussi pour l’isolation des murs. Un non-sens écologique, car l’isolation, avec le remplacement de fenêtres, est la première étape de tout projet de rénovation performante selon les données de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) elle-même.
Aujourd’hui, le guichet de dépôt des demandes de MaPrimeRénov est fermé, jusqu’à l’adoption de la loi de Finances de l’Etat 2026

En conclusion :

Alors que s’attaquer réellement à la précarité énergétique permettrait de créer massivement des emplois dans le secteur du bâtiment, améliorerait le pouvoir d’achat des familles et serait bon pour la planète, on ne peut que constater malheureusement l’absence de volonté politique de supprimer de manière volontaire cohérente et coordonnée ce phénomène :
- Baisse des crédits d’Etat accordés à MaPrimeRénov et complexité des démarches administratives,
- Plafond de ressources trop bas qui empêchent les classes moyennes d’accéder au dispositif,
- Enchaînement des fermetures et réouvertures du guichet qui privent de visibilité les ménages et les
professionnels du bâtiment.


De plus à partir du 1er janvier 2026, sous prétexte que l’électricité en France est prétendument «décarbonnée » les logements chauffés à l’électricité (radiateurs électriques ou pompes à chaleur) seront mieux notés sur le diagnostic de performance énergétique. Le gouvernement a modifié le coefficient de conversion de l’électricité utilisé dans la formule de calcul (de 2,3 à 1,9) : il estimait l’ancienne valeur trop défavorable à l’électricité.

Le changement aura une conséquence : certains logements chauffés à l’électricité sortiront artificiellement du statut de passoires thermiques, sans pour autant être mieux isolés ou moins chers à chauffer. Ils échapperont ainsi à l’interdiction de mise en location.

Mettre fin à la précarité énergétique : Une priorité pour les Ecologistes lorsqu’iels accèderont au pouvoir

Dominique GUILLOU
Porte-Parole des Ecologistes de Normandie